Melior C., Girault Y. (1998) CroisŽe de regards sur la crŽation de " Parade nuptiale " ˆ la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum. ThŽ‰tre et sciences, Garbagnati L., Montaclair F., Vingler D. (Eds), Presses du centre Unesco de Besanon ; pp271-284, 309p.

 

 

CroisŽe de regards sur la crŽation de " Parade nuptiale " ˆ la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum

 

Chantal MŽlior[1]- Yves Girault[2]

 

 

      Pour la premire fois, le Service dĠAction PŽdagogique et Culturelle de la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum, a proposŽ, pendant les ftes de No‘l de 1997, un spectacle thŽ‰tral ˆ connotations scientifiques. Hasard des rencontres, et certainement convergences de choix culturels ont permis cette crŽation. Du cotŽ du MusŽum National dĠHistoire Naturelle, nous avions plusieurs objectifs dont les plus importants sont les suivants :

     

      - De trs nombreux travaux de recherche ont montrŽ que les musŽes de science nĠont pas un public, mais des publics trs divers qui se caractŽrisent notamment par des pratiques culturelles trs diffŽrentes[3]. CĠest la raison pour laquelle,  dans le cadre de la politique de diffusion des connaissances du MusŽum,  il nous semble important dĠutiliser de nombreux mŽdia diffŽrents pour permettre ˆ un public variŽ dĠacquŽrir des connaissances scientifiques.

 

      - Ces Žtudes dŽmontrent Žgalement que la frŽquentation de ces institutions culturelles est liŽe ˆ un projet dĠŽtablissement et ˆ une mobilisation des acteurs. Ainsi, nous voulions tenter de faire venir ˆ la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum un public nouveau, qui a dĠautres habitudes culturelles (dans ce cas le thŽ‰tre) et qui pourrait par ce biais, prendre un intŽrt ˆ visiter et/ou ˆ faire visiter les diverses expositions.

 

      - Enfin, depuis lĠouverture de la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum, le SAPC, tous les ans, pour les vacances de No‘l, proposait des animations gratuites pour les jeunes visiteurs. Cette annŽe, nous souhaitions offrir ce cadeau ˆ des visiteurs plus ‰gŽs[4], adolescents et adultes, tout en privilŽgiant lĠaccueil du public familial par la prŽsence, ˆ tous les Žtages de la Grande Galerie de lĠEvolution du MusŽum, de "guides animateurs" qui pouvaient donner librement toutes explications aux visiteurs.

 

      Or, depuis de nombreux mois, la troupe du thŽ‰tre du Voyageur, rŽpŽtait Ç Parade nuptiale È, adaptation de Chantal MŽlior, dĠaprs "le Sexe et la Mort" de Jacques RuffiŽ, et "la Tentation de Saint-Antoine" de Gustave Flaubert. VŽritable saga des comportements amoureux, cette crŽation, ponctuŽe de mŽlodies de Gabriel FaurŽ, mle une approche scientifique ˆ une oeuvre littŽraire, avec 6 comŽdiens[5], une pianiste-chanteuse[6], une percussionniste[7] et deux danseurs[8].

 

      Nous allons dans les lignes qui suivent prŽciser la nature de ce projet tout en donnant parfois  la parole aux spectateurs car, compte tenu des objectifs prŽ-citŽs, nous avons rŽalisŽ pendant toute la durŽe de cette opŽration, une Žvaluation auprŽs de nos visiteurs-spectateurs. Ainsi, tous les soirs, ceux-ci recevaient un bref questionnaire quĠils pouvaient nous rendre en sortant ou nous retourner par la Poste.

 

 

      Pendant toute la durŽe des rŽpŽtitions, les comŽdiens nĠavaient aucune idŽe de la destination que prendrait ce spectacle.

     C.M. ÇA chacune de nos entreprises, nous rvons bien sžr de crŽer le plus beau des spectacles dans le plus beau des thŽ‰tres. CĠest en visitant la Grande Galerie de lĠEvolution, par hasard (ou par instinct), que nous avons rŽalisŽ la concordance des discours : nous retrouvions les phrases et les mots de notre texteÈ

 

          Sentiment dĠappartenance et/ou convergence de sensibilitŽ pour la scŽnographie de RenŽ Allio, qui dŽfinit dĠailleurs la musŽographie comme Ç une fonction qui relve du spectacle et des arts de la REPRESENTATION, qui impliquent de produire, ma”triser et moduler de la lumire pour lĠorganiser en termes de tableaux, ou dĠambiances ou dĠeffets, semblables ˆ ceux que lĠon produit aux fins de rŽcit  sur la scne du thŽ‰tre È[9].

 

      Cette scŽnographie de la Grande Galerie de lĠEvolution cherche plus ˆ suggŽrer le mouvement quĠˆ figer les animaux dans des reprŽsentations Çcartes postalesÈ, cĠest-ˆ-dire dans un dŽcor qui les sŽparerait du spectateur. Le lyrisme de la Çcaravane africaineÈ, o sont rassemblŽes de nombreuses espces, nous donne la sensation de dŽcouvrir ensemble la biodiversitŽ. Ainsi, cette mise en scne des lieux Žvoquait, les valeurs et les Žlans que le projet thŽ‰tral "Parade nuptiale" tentait de dŽvelopper. DĠun commun accord, nous avons donc dŽcidŽ de crŽer ce spectacle ˆ la Grande Galerie.

 

      Certains spectateurs ont ŽtŽ sensibles ˆ la pertinence de cette rencontre[10]..

 

      - Ç Trs bonne correspondance entre l'esprit du lieu et le sujet de la pice È.

         - Ç La pice semble avoir ŽtŽ faite exprs pour la GGE È.

         - Ç Le thme traitŽ est directement en rapport avec les sujets exposŽs ˆ la GGE È.

         -Ç Un lieu dŽtournŽ de son usage habituel, spectateurs ou acteurs muets que constituent les animaux empaillŽs È.

         - Ç C'est tout ˆ fait appropriŽ, le texte renvoie aux animaux qu'on voit au loin et vice-versa È.

 

      Roger Maria, critique ˆ LĠHumanitŽ, prŽcise : Ç Ce texte vibrant a inspirŽ le pari audacieux dĠune transcription scŽnique dont la premire offrande publique est pleinement ˆ sa place dans la Grande Galerie de lĠEvolution. È

            Jean-Luc Jeener, critique au Figaroscope Žvoque : Ç la trs bonne idŽe du MusŽum National dĠHistoire Naturelle dĠaccueillir du thŽ‰tre...È

 

 

Le MusŽum est un thŽ‰tre 

 

      CĠŽtait donc la premire fois que la Grande Galerie de lĠEvolution accueillait une crŽation thŽ‰trale. Investir un terrain vierge nous a paru en harmonie avec Ç Parade nuptiale È car ce spectacle ne ressemble ˆ rien ! Compte tenu de la nature particulire de ce projet, la recherche dĠune forme thŽ‰trale devenait un enjeu primordial. En effet, une Ïuvre, non destinŽe au thŽ‰tre, oblige ˆ tout reconsidŽrer : lĠagencement des textes, la dŽfinition de lĠespace, le style de jeu, la relation avec le public... Chaque texte, chaque crŽation nŽcessite lĠŽlaboration dĠune forme qui lui soit propre et qui lui permette dĠŽvoluer. Le champ des possibles sĠest ouvert vertigineusement devant nous. Tous nos essais ont fait de ce spectacle un apprentissage du hasard et de la libertŽ.

                    Ç Moi, qui le plus souvent voyage pour mon plaisir, ne me guide pas si mal. SĠil fait laid ˆ droite, je prends ˆ gauche...È Montaigne[11]

 

         Parade nuptiale est un dŽfilŽ de formes qui surgissent puis disparaissent, qui sĠembo”tent : kermesse, cortge, fte, confŽrence, concert, marathon...procession, chaque comŽdien passant dĠune dynamique ˆ lĠautre, chaque ŽlŽment du spectacle changeant de fonction, dĠŽvocation.

 

                  C.M.Ç - CĠest un spectacle comme nous nĠen avions jamais fait et jamais vu. Il fallait des scientifiques pour se hasarder, ˆ nos c™tŽs, dans cette aventure È

                           Y.G. Ç - Cette collaboration nous a paru en rŽalitŽ Žvidente car la mise en exposition consiste, ˆ lĠaide dĠune trame narrative, ˆ donner un sens ˆ un ensemble dĠobjets porteurs de sens multiples. Nous pouvons dire que comme une oeuvre littŽraire une exposition rŽussie est une oeuvre ouverte, et cette pice participait ˆ de nouvelles crŽations de sens[12]. È

 

          Le lieu a toujours une influence dŽterminante sur la perception dĠun spectacle. 62/189 personnes interrogŽes Žvoquent le lieu :

     

      - "C'est un lieu grandiose, magique, envožtant, inquiŽtant, qu'aucun autre thŽ‰tre ne peut Žgaler en ce sens".

         - "Cette salle grandiose est un Žcrin tout ˆ fait spŽcifique pour cette pice".

         - "Le dŽcor plonge tout de suite dans l'ambiance de la pice".

      -"Le fait d'entrer dans un lieu clos ˆ cette heure n'est pas absolument Žtranger".

         -"C'est la nuit et c'est dr™lement joli".

         -"Avoir la possibilitŽ de rester aprs l'heure de fermeture avec tous ces animaux empaillŽs et voir un spectacle est sŽduisant".

 

       De fait, jouer dans un musŽe invite avec force les acteurs, ˆ se rappeler que la scne est un lieu dĠexpŽriences, un laboratoire ouvert. Nous avons eu Žvidemment ˆ surmonter quelques difficultŽs, avec la conviction quĠau thŽ‰tre les obstacles deviennent de prŽcieux atouts.

      Tout dĠabord, des difficultŽs ÇphysiquesÈ liŽes ˆ lĠŽtendue et au volume de la scne : les acteurs occupaient une mezzanine de 7 mtres dĠouverture, de 7 mtres de hauteur, de 40 mtres de profondeur, avec une  acoustique imprŽvisible, lĠinvestissement des comŽdiens devait tre athlŽtique. Pendant une heure et demie,  ils parcouraient cet immense espace ˆ un rythme trs soutenu. Ils sĠŽlanaient sur le public, puis sĠŽvanouissaient au lointain... comme le flux et le reflux...comme des vŽritŽs qui laissent place ˆ dĠautres vŽritŽs.

            Ç Tournons, tournons, sur nos chevaux de mange. LĠidŽe, comme eux, avec des pompons roses ˆ la crinire, nous porte sur sa croupe o nous restons debout. È[13].

 

 

DĠailleurs 25/189 spectateurs ont spŽcifiŽ que la dimension et la profondeur de la Grande Galerie de lĠEvolution convenaient parfaitement ˆ la mise en scne :

     

      -"La dimension scŽnique permet une profondeur toute adaptŽe au spectacle".

         -"Oui, de par le contexte, l'ambiance, le volume qu'apporte la proximitŽ de la Grande Galerie".

         -"BeautŽ du lieu, profondeur de la Galerie conviennent parfaitement ˆ la mise en scne".

 

 

     Aprs un temps dĠadaptation qui handicapa certainement les avant-premires, lĠeffort des acteurs liŽ ˆ la beautŽ des lieux donna aux chorŽgraphies et au jeu, force et lyrisme. Au thŽ‰tre, lĠeffort fait la force. Quant aux spectateurs, ils se sont retrouvŽs blottis, ˆ lĠextrŽmitŽ de la piste de jeu, sans tre enfermŽs toutefois. Sur leur droite, ˆ la cour, sĠouvrait lĠimmense espace central. Les regards pouvaient errer parfois vers la Çcaravane africaineÈ qui  semblait avoir suspendu sa course.

     ÇLes girafes de la Galerie de lĠEvolution semblent ˆ lĠŽcoute de ce spectacle gai mlant thŽ‰tre, musique et chorŽgraphie, dans la dynamique de la vie. [14]È 

 

    Nous nĠavions pas le sentiment en effet que le cadre concurrenait les acteurs, toutefois il a fallu trouver un nouvel Žquilibre dans la relation entre acteurs et spectateurs. Le public nĠŽtait pas distrait, mais son attente semblait diffŽrente de celle dĠun public au thŽ‰tre. Le sens de notre dŽmarche Žtait dŽplacŽ en transformant le spectacle en leon de sciences : les mŽtaphores biologiques restaient des illustrations. Cette rŽaction Žtait dĠautant plus sensible lorsque les spectateurs avaient fait la visite avant la reprŽsentation. Le dŽbut du spectacle passait moins bien que dans la salle de rŽpŽtition : le sujet scientifique Žtait trop Žvident et les spectateurs suivaient sagement un cours. Les clins dĠÏil philosophiques croulaient sous le poids de lĠinformation scientifique. Il fallait crŽer la surprise, le dŽcalage, la distance, synonymes dĠhumour afin que le jeu fasse appara”tre les multiples facettes du texte. LĠintroduction dĠune danse a suffi ˆ rŽtablir une Žcoute active, ˆ crŽer les conditions nŽcessaires et suffisantes pour quĠacteurs et spectateurs se retrouvent dans une mme dynamique et au mme endroit : au thŽ‰tre.

Pour exister dans ce temple de la science, il fallait donc fortifier la dimension thŽ‰trale. Mme sĠil sĠagit de transmettre un savoir, ce qui peut tre aussi lĠobjet dĠun spectacle, lĠambition artistique prime : il faut tre armŽ artistiquement pour intŽgrer les conditions toujours diffŽrentes, les modifications qui interviennent ˆ chaque reprŽsentation. Le public se renouvelle chaque jour.

 

 

C.M Ç  A chaque re-prŽsentation, lĠacteur redŽcouvre son parcours comme si cĠŽtait la premire fois. Cette remise au prŽsent obstinŽe conditionne la complicitŽ avec le public et fait du thŽ‰tre un art hautement pŽdagogique. È

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 Que savons nous des spectateurs qui ont vu la pice ?

 

      Compte tenu des objectifs poursuivis par les responsables du MusŽum, nous souhaitions savoir qui est venu voir cette pice, cĠest-ˆ-dire principalement sĠil sĠagissait prioritairement dĠamateurs de sciences ou dĠamateurs de thŽ‰tre.

 

 

Etiez-vous dŽjˆ

Raisons pour venir voir ce spectacle

venu ˆ la GGE

avant ? ĝ

Connaissait la troupe

Amateur de thŽ‰tre

Amateur de sciences

Autres

Oui

38(*)

40

32

13

Non

42(**)

32

14

15

(*) dont 6 sont des ami(e)s d'acteurs/actrices.

(**) dont 10 sont des ami(e)s d'acteurs/actrices.

 

 

Distribution des visiteurs en fonction de lĠ‰ge.

 

 

LĠŽquilibre entre toutes les composantes dĠun spectacle est fragile et doit le rester, afin que le spectateur ait le sentiment de participer ˆ quelque chose de nouveau, dont il est lui aussi lĠartisan, du seul fait de sa prŽsence. Quand lĠacteur prend trop dĠavance, le spectateur nĠa pas les clefs, il devient passif et attend la suite pour comprendre... Il doit voir lĠidŽe na”tre, pŽnŽtrer les mystres.. et trouver ainsi sa place dans la rŽalisation du spectacle. Quant ˆ lĠacteur, il ne peut oublier que cette foule de regards multiplie son interprŽtation. Tous les partenaires dĠun spectacle sont confrontŽs ˆ cette polysŽmie que le metteur en scne (tel un musŽologue) se doit de protŽger et dĠorchestrer. La multiplicitŽ de cette orchestration est primordiale et rŽvle la valeur artistique dĠun projet.

 

 

 

 

Principaux adjectifs qualifiant la pice

FrŽquence des rŽponses

Principaux adjectifs qualifiant la pice

FrŽquence des rŽponses

amusante, divertissante

30

 

 

originale

27

rŽussie

9

intŽressante

25

pŽdagogique

6

humoristique

18

intelligente

5

sympathique

13

philosophique

4

vivante

11

audacieuse

3

dŽdramatisante

11

sans intŽrt

3

crŽative

11

chaleureuse

2

poŽtique

11

marquante

2

inattendue

10

immorale

1

enrichissante

9

 

 

 

 

                     C. M. Ç Mme si nous nĠavions aucune prŽtention scientifique, la source de Ç Parade nuptialeÈ se situe dans notre faon de travailler et de rver le thŽ‰tre. È

 

3- La mise en scne

     Notre considŽration premire fut de dŽvelopper un discours rassurant, ÇbienfaisantÈ, sur un sujet prŽoccupant : Ç Chaque tre est distinct de tous les autres. Lui seul na”t, lui seul meurt. Entre un tre et un autre, il y a un ab”me, il y a une discontinuitŽ...Seulement nous pouvons en commun ressentir le vertige de cet ab”me...È È[15].

   

     C. M. ÇLa biologie nous rappelle lĠexistence dĠune autre continuitŽ, dĠune communautŽ de la vie, qui fait que nous appartenons ˆ une grande cha”ne.È 

     Y.G. ÇTous parents oui et Žgalement tous diffŽrents[16]. En effet les recherches rŽcentes en biologie soulignent ce paradoxe du monde vivant : au delˆ de lĠunicitŽ cellulaire du monde vivant existe  lĠunicitŽ de lĠindividu.È

     C. M. Ç  Dire oui  ˆ la vie  nous paraissait le dŽfi ˆ relever, le sens que nous voulions donner au thŽ‰tre ; un oui en appelle un autre ; ce que Gilles Deleuze appelle Ç Le dŽdoublement du ouiÈ- [17] Il me semble que souvent, les productions thŽ‰trales Ç contemporaines È nous affligent au lieu de nous encourager, en assimilant le prŽsent ˆ un quotidien, gŽnŽralement trs sombre et trs dŽrisoire. CĠest pourquoi aborder un thme scientifique peut nous aider ˆ prendre dĠautres chemins pour traverser le monde dĠaujourdĠhui, ˆ expŽrimenter dĠautres distances pour crŽer le thŽ‰tre de maintenant, qui, selon nous, prouve sa bonne santŽ lorsquĠil est capable dĠŽveiller, le sentiment du sŽrieux dĠun c™tŽ et de lĠautre du rire. È

 

      Un spectateur : "Une approche humoristique qui permet de mŽlanger le sŽrieux, le c™tŽ scientifique au c™tŽ littŽraire".

      Un autre spectateur : "De l'humour, de la crŽativitŽ mlŽs ˆ un jargon scientifique juste et prŽcis : c'est inattendu, rassurant".

 

 

4- Au commencement  Žtait  le  jeu :

       Mais qui ? Quelle entitŽ thŽ‰trale pouvait sĠaventurer dans cet univers en perpŽtuelle mŽtamorphose... et prŽtendre dire ce Ç oui È, apporter une sorte de continuitŽ vivante ˆ cet hymne ˆ la vie dont nous rvions ?

    Des petits dieux sur la scne : Le roi des singes, entitŽ du thŽ‰tre oriental, fut notre rŽfŽrence : entre le clown et lĠarlequin, ce petit dieu de la mŽtamorphose, capable de tout jouer, sĠest offert comme le lien entre toutes ces formes de la nature que nous voulions Žvoquer sans les illustrer.

   

     C. M. ÇLes transformations ne visaient pas ˆ imiter les autres animaux, mais ˆ expŽrimenter des dynamiques de jeu  pour dŽcouvrir ce quĠelles ont de particulier et de commun, en quoi nous sommes le fruit de nos fonctionnements.È

 

     Y. G. ÇLe choix du  roi des singes est Žgalement une dŽmarche allŽgorique, qui  transpose au thŽ‰tre le fonctionnement autopoiŽtique des organismes vivants, capables de se produire eux-mmes par leur propre fonctionnement

 

     C.M. ÇEn effet, si cĠest une question dĠŽnergie. LĠintense activitŽ de lĠacteur, - roi des singes dont le  royaume est le jeu -, conditionne sa capacitŽ de crŽer des formes. Au thŽ‰tre, tout se manifeste par les ǎtatsÈ : lĠacteur produit des Žmotions : ce qui est dehors est insŽparable de ce qui est dedans et se rassemble en lĠacteur. Tous les comŽdiens ont travaillŽ avec le maquillage du roi des singes pendant plusieurs mois, puis nous avons choisi dĠŽvoluer vers un maquillage plus dŽpouillŽ ; la rŽfŽrence au thŽ‰tre oriental Žtait reue comme une curiositŽ, elle distrayait trop...Nous nĠavons gardŽ que les yeux du roi des singes, le regard perant

 

 

     ÇParade nuptialeÈ rŽpondait ˆ notre volontŽ dĠtre Ç physiques È ! LĠacteur dessine son activitŽ intŽrieur, ses pensŽes, avec son corps. Jouer un texte scientifique suppose, selon nous, un grand engagement corporel. Un effort physique intense permet dĠŽviter certains clichŽs (ou certaines implications), les rŽactions apprises, tous ces jugements qui encombrent lĠacteur et le coupent de lĠessentiel. Il sĠagit de donner corps aux mots, de danser avec les mots.   

 

     C. M. Ç Les personnages de Beckett[18] nous instruisent de cette rgle du jeu essentielle et de lĠordre des choses : Ç -Vladimir : JĠaimerais bien lĠentendre penser. -Estragon : Il pourrait peut-tre danser dĠabord et penser ensuite ? -Vladimir(ˆ Pozzo) : est-ce possible ? -Pozzo : Mais certainement, rien de plus facile. CĠest dĠailleurs lĠordre naturel.(rire bref) -Vladimir : Alors quĠil danse.(silence).) È

 

     Y.G. ÇEn quelque sorte, cĠest lĠimportance du corps qui a dŽclenchŽ une rencontre entre la biologie et le roi des Singes.È

 

Un acteur, en action, fait fonctionner dŽlibŽrŽment ses muscles. La scne devient le lieu dĠexpŽrimentation de cette activitŽ musculaire, qui produit des visions. Les informations circulent, plus rapides que lĠŽclair dans le corps (dont le cerveau). Nous sommes une plaque tournante. Nous sommes traversŽs. Ç Nous sommes des Žponges ˆ vie È[19] dit Ariane Mnouchkine, ou encore Ç LĠimagination est dans le corps È. LĠacteur qui danse se dŽfinit en terme biologique comme une Ç membrane soumise ˆ des stimuliÈ. La danse, en tant quĠŽlŽment inhŽrent ˆ la vie, est la connaissance et la rŽvŽlation dĠun regard. Cette vision biologique dĠun thŽ‰tre en Žvolution nous conduit ˆ redŽcouvrir lĠordre des choses (cf. Beckett, plus haut) et ˆ Ç faire la peau È au thŽ‰tre psychologique, qui privilŽgie la prŽmŽditation et qui Çplace en tteÈ la mŽmoire personnelle, cĠest-ˆ-dire qui Žtablit une sŽparation systŽmatique et rŽvolue entre le corps et lĠesprit. Voilˆ pourquoi,  ÇlĠacteur ne peut tre rŽduit ˆ un chien limier qui renifle sa propre trace.È [20]

 

Cet acteur-danseur, (10 comŽdiens aux multiples statures...pour Parade nuptiale), dans tous ses Žtats et sous toutes ses formes construit au grŽ de ses jeux lĠespace scŽnique et en propose diverses perceptions, dilatations ou rŽductions.

 

Ainsi, lĠespace, restŽ nu, figurait tour ˆ tour le dŽsert, la banquise, une fort, un grand lit, la mer, les ŽlŽments, et pour  finir, la vožte cŽleste. Sans aucune construction fixe, risquant de faire Žcran ˆ lĠimagination des spectateurs (et ˆ celle des acteurs), les seuls ŽlŽments de dŽcor Žtaient un tapis et des Žtoffes que les acteurs disposaient pour dŽfinir leurs aires de jeu et dŽlimiter leur  territoire. Ces Žtoffes pouvaient confŽrer ˆ certains passages un caractre de cŽlŽbration, ˆ dĠautres, suggŽrer un endroit prŽcis. Le sol Žtait bleu-mauve et les costumes roses, oranges, verts pomme... jaunes. Toutes ces couleurs vives, cette tendance psychŽdŽlique, faisaient frissonner les animaux de la Grande Galerie de lĠEvolution. La musique et les lumires  reflŽtŽes par les vitrines du musŽe ajoutaient ˆ la vibration gŽnŽrale.

Les instruments de musique qui risquaient de figer lĠespace, comme le piano ou les percussions furent dŽposŽs sur des chariots et se dŽplaaient selon lĠaction Ç ˆ sauts et ˆ gambades È.

 

C. M. ÇAinsi lĠesprit joueur, avons-nous provoquŽ une rencontre au sommet entre les textes de Jacques RuffiŽ et de Gustave Flaubert. LĠadaptation sĠest constituŽe au fil des rŽpŽtitions.È

 

Le Ç Sexe et la Mort È, de Jacques RuffiŽ, embrasse toutes les espces, raconte les Žtapes de la vie et la mort utile. Ç Mais quel que soit le chemin suivi, le terme de ces Žchanges est le co•t È J.RuffiŽ. Il recle des qualitŽs de clartŽ, dĠhumour, et une vitalitŽ prometteuse.  LĠŽvocation de la vie au thŽ‰tre gŽnre la vie :ÇParler dĠamour, cĠest faire lĠamour.È disait Balzac.

 

     C.M. ÇCĠest cette mme Žnergie que nous avons trouvŽe dans La Tentation de Saint-Antoine de Flaubert[21]. La Tentation dŽroule un long cortge de visions prodigieuses qui rŽpond au foisonnement de lĠÏuvre de RuffiŽ. Ces deux rŽservoirs de savoir et dĠŽnergie, dans des styles diffŽrents, forment un couple, lĠun nous repose de lĠexaltation de lĠautre. Entre invention et rŽvŽlation, entre science et poŽsie, lĠimagination humaine rivalise avec les fantaisies de la nature. Il est devenu ainsi difficile de les distinguer.È

 

     Y. G. Ç La science tient plus de lĠinvention que de la rŽvŽlation dĠune vŽritŽ profonde et dŽfinitive. En effet, face ˆ la grande difficultŽ de dŽcrire et dĠexpliquer certains sujets, certains phŽnomnes complexes..., le biologiste doit inventer des images, des mŽtaphores, des langages, parfois mme des modles. Il convient donc au biologiste dĠouvrir ses capacitŽs de crŽateur ˆ la poŽsie, et ˆ toutes les disciplines adjacentes pour avancer. Ainsi, non seulement la rigueur scientifique ne craint pas la fantaisie -(y compris celle des bandes dessinŽes)- mais elle y trouve une source dĠinspirationÈ.

 

     C. M. La Biologie peut aussi  nous faire rver les yeux  grands ouvertsÈ

 

AccouplŽs, superposŽs, tissŽs, les deux textes sĠenrichissent lĠun de lĠautre et deviennent partition, forme thŽ‰trale et musicale. Les textes de RuffiŽ reprŽsentent les rŽcitatifs et les envolŽes de Flaubert, les grands airs lyriques. Parfois, les r™les sont inversŽs. Prenons par exemple la chevauchŽe trs rythmŽe et trs chorŽgraphique des rituels de sŽduction : tout au long de cette scne, le dialogue entre musique (piano et percussions) et texte se dŽveloppe en crescendo, les sons et les mouvements sĠintensifient jusqu'ˆ ce que jaillisse lĠŽvidente musicalitŽ des termes scientifiques : Ç ...photinus pyralis dĠAmŽrique du Nord, phryxothrix dĠAmŽrique du Sud...La femelle aptre de lampyris noctiluca Žmet des Žclats lumineux intenses par son abdomen...Un animal dŽcapitŽ perd sa luminositŽ...È . Tout chantait ˆ nos oreilles innocentes.

 

     C.M. Ç Ç Les beaux livres sont Žcrits dans une sorte de langue Žtrangre.È Žcrivait Marcel Proust. Ainsi, avons-nous Žcrit ce spectacle.È

 

ÇParade nuptialeÈ est donc b‰tie comme une Ïuvre musicale, de mouvements, de crescendo en decrescendo, composŽe comme un film dĠune succession de moments forts, et Žvidemment comme une pice de thŽ‰tre :  lĠaction, lĠespace et le temps sont  condensŽs. Conjuguer les trois disciplines thŽ‰tre, musique et danse sĠimposait. Certains spectateurs voyaient Parade nuptiale comme un ballet, dĠautres, comme une comŽdie musicale. Pour sa part, GŽrard Biard, critique de thŽ‰tre ˆ Charlie Hebdo dŽcrit ce spectacle comme : Ç Un cours de sexologie chorŽgraphiŽ, agrŽmentŽ dĠintermdes littŽraires, plus instructif quĠun porno et moins embrouillŽ quĠune partouze. È

 

      Encore ˆ quelques paroles de spectateurs :

      - Ç Trs trs originale et insouponnŽe, le rŽsultat est remarquable È.     

      -  ÇVivante, moins rigide, plus chaleureuse È.

    -  ÇOriginale, novatrice, en un mot : extraordinaireÈ.

      - Ç Le travail des acteurs, leurs corps, rŽvle la poŽsie de tout langage et donne envie de lire les textes È.

 

     C. M. Ç Pour structurer cette turbulente improvisation, lui donner un sens, nous avons donc suivi les grandes Žtapes du livre de Jacques RuffiŽ, en cherchant ˆ dŽvelopper une sorte de double discours, entre le rŽcit des rituels amoureux et la relation des comŽdiens avec lĠacte thŽ‰tral. (CĠest selon lĠexpression dĠAntoine Vitez: Ç Faire thŽ‰tre de tout È et non pas faire tout au thŽ‰tre ). Ainsi, la conqute des territoires Žtait un thme en or pour investir lĠespace scŽnique.

 

Ç Le territoire Žtant acquis, et les compŽtiteurs ŽcartŽs, lĠheureux vainqueur nĠest pas encore au bout de ses peines..[22]È

 

Des draps blancs servent ˆ la dŽlimitation des territoires, deviennent langes puis linceuls... Un mtre carrŽ de tissu noir dŽposŽ sur une Žtoffe blanche figure successivement un ascenseur et la loge royale de la ruche.

 

     C. M. ÇA quelques dŽplacements prs, nous passions, sans difficultŽ, de la description des comportements humains dans un ascenseur ˆ la dŽfinition des organes gŽnitaux, dans ce mme espace (qui comme chacun sait, se prte ˆ ce type de considŽrations), puis ˆ lĠŽtude de la vie des insectes sociaux. Face au texte scientifique, les moyens les plus simples sont les plus Žvocateurs

     Y.G. ÇMais lĠobjet de la recherche scientifique consiste le plus souvent ˆ dŽcomposer un phŽnomne complexe en situations simples pour en faire lĠŽtude

     C.M. ÇCĠest bien lĠimpossibilitŽ de reprŽsenter la rŽalitŽ qui fait la force du thŽ‰tre en nous amenant ˆ Žtablir des correspondances...voyantes

     Y.G. Ç Oui et cĠest Žgalement celle du musŽe dans lequel il est impossible de reprŽsenter la rŽalitŽ, dĠo lĠidŽe des architectes de proposer dans la Nef de la Grande Galerie de lĠEvolution une allusion aux divers Žcosystmes plut™t que lĠillusion des dioramas. È

 

LĠŽchange entre acteurs et spectateurs fait de lĠensemble de la reprŽsentation une parade nuptiale ! Ç Oh ! si tu voulais ! Toutes les formes entrevues, toutes les imaginations de ton dŽsir, demande-les. Je ne suis pas une femme, je suis un monde.[23] È

Dans la poŽsie de Flaubert comme au cÏur du thme universel de RuffiŽ Žmerge le dŽsir de se fondre dans le Grand Tout. La science est une qute, le thŽ‰tre aussi.

 

     C. M. ÇLe thŽ‰tre est notre instrument pour dŽchiffrer le monde et plus encore pour forger notre regard sur le monde. Si la scne est un lieu o se jouent les tours et les dŽtours de la conscience et si lĠacteur est une conscience au travail, chaque spectacle peut reprŽsenter alors une promesse de rŽinventer la vie : une Žvolution de notre regard. Cet idŽal du thŽ‰tre nous transporte de Shakespeare, auquel nous sommes toujours prts ˆ nous livrer comme ˆ un guide providentiel, ˆ la littŽrature scientifique qui nous ouvre des horizons inexplorŽs. È

 

Ce que nous espŽrons dĠun texte scientifique comme dĠune Ïuvre de Shakespeare, cĠest lĠŽtendue du champ, la pluralitŽ des visions qui se superposent, cĠest en somme lĠoccasion rvŽe pour dŽvelopper le langage de la scne.

ÇTout cet amas de gestes, de signes, dĠattitudes, de sonoritŽs, aux consŽquences physiques et poŽtiques sur tous les plans de la conscience et dans tous les sens, qui entra”ne nŽcessairement la pensŽe ˆ prendre des attitudes profondes qui sont ce que lĠon pourrait appeler de la mŽtaphysique en activitŽ. [24]È

 

C. M. Ç Antonin Artaud, dans Çle thŽ‰tre et son doubleÈ, oppose le thŽ‰tre oriental, ˆ tendances mŽtaphysiques au thŽ‰tre occidental, ˆ tendances psychologiques ; sĠintŽresser ˆ la science, cĠest sĠŽcarter, il me semble, de ce thŽ‰tre psychologique, o lĠindividu sĠexpose et se confond avec ses petits secrets, o la vŽritŽ sĠapprend par les aveux, o la rŽalitŽ nĠest quĠune, par souci de vraisemblance...La distinction tranchŽe dĠArtaud est fondamentale. Elle nous amne ˆ prŽciser quĠil ne sĠagit pas pour nous de figer une rŽalitŽ mais de rŽvŽler des devenirs : nous ne sommes pas comme a, nous devenons comme a, sous les yeux du spectateur, qui vit en mme temps que lĠacteur son Žvolution. Dans ce face ˆ face o croisent une multitude de regards, nous recherchons, dŽmlons, identifions la part de lĠexistence dont nous sommes lĠauteur. È

 

 



[1]  Chantal MŽlior dirige le ThŽ‰tre du Voyageur.

[2]  Yves Girault dirige le Service dĠAction PŽdagogique et Culturelle du MusŽum National dĠHistoire Naturelle.

[3] Cf ˆ ce sujet : Qui visite les musŽes de science ? La lettre de lĠOCIM, No 55 1998.

[4]  En effet, mme si les spectateurs payaient 80 francs pour le spectacle Çparade nuptialeÈ et une entrŽe dans la Grande Galerie de lĠEvolution, ce prix ne couvrait pas  du tout le cožt rŽel de cette opŽration.

[5] StŽphanie Barbier, Maurice Baud, Sandrine Baumajs, Ariane Lagneau, Pascal TŽtard et Mirabelle Wassef

[6]  Carol Lipkind.

[7]  Marie-Madeleine Landrieu.

[8]  Ariane Lacquement et Fabrice Loubatires.

[9] La Grande Galerie du MusŽum National dĠHistoire Naturelle : conserver cĠest transformer. Le Moniteur, p.94, 1994.

[10]  Sur les 1051 spectateurs qui ont assistŽ ˆ la pice (ce chiffre ne prend pas en compte les deux prŽsentations effectuŽes pour la presse et le personnel de la GGE), nous avons obtenu 189 rŽponses, ce qui est dŽjˆ un taux de rŽponse relativement ŽlevŽ (18,4 %). Compte tenu de ce pourcentage, les rŽsultats obtenus sont pour nous porteurs de sens, mme si nous devons garder ˆ lĠesprit que les rŽponses et les renseignements collectŽs le sont auprs dĠun public qui a acceptŽ volontairement de rŽpondre.

[11] Les Essais de Montaigne.

[12] Nous faisons rŽfŽrence ˆ lĠouvrage dĠ Umberto Eco : LĠOeuvre Ouverte Ed du Seuil, 1965. Il prŽcise (p 17) : Ç Au fond, une forme est esthŽtiquement valable justement dans la mesure o elle peut-tre envisagŽe et comprise selon des perspectives multiples, o elle manifeste une grande variŽtŽ dĠaspects et de rŽsonances  sans jamais cesser dĠtre elle mme. È 

[13] Gustave Flaubert : La Tentation de Saint -Antoine version de 1849 - choeur des Potes et Baladins.

[14] Annie ChŽnieux , le journal du dimanche, rubrique thŽ‰tre.

[15]  Georges Bataille : LĠErotisme.

[16] Cf lĠexposition :Tous parents tous diffŽrents prŽsentŽe au MusŽe de LĠHomme ˆ Paris.

[17] Gilles Deleuze : Critique et Clinique - Le mystre dĠAriane.

[18] Ç En attendant Godot. È Edition de Minuit.

[19]  Paroles rapportŽes dĠ Ariane Mnouchkine en rŽpŽtitions.

[20]  G.Deleuze - Logique du sens.

[21]  Nous avons puisŽ dans les trois versions de 1849 -1856 -1870.

[22] Jacques RuffiŽ : Le sexe et la mort, Ed Odile Jacob

[23] Gustave Flaubert : la reine de Saba dans la Tentation de Saint-Antoine.

[24] Antonin Artaud  : le thŽ‰tre et son double.