4ème Université
d'automne
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Lalonde
les Maures - 2004


Découvrons l'offre des musées scientifiques pour les scolaires


GIRAULT Yves


Professeur au Museum
Directeur de l'Unité Muséologie et médiation des sciences
La nécessité de rendre plus effectif l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école, de lui assigner autant qu'il est possible une dimension expérimentale, de développer la capacité d'argumentation et de raisonnement des élèves, en même temps que leur appropriation progressive de concepts scientifiques a conduit à la mise en place du PRESTE dont l'approche pédagogique est fondée « sur le questionnement et sur l'investigation, constitutifs des disciplines scientifiques (BO n°23 du 15 juin 2000) ».
En réponse à ce constat, il est de plus en plus souvent recommandé de réaliser un maillage plus étroit entre l'école et les organismes qui font la promotion des sciences en dehors du réseau scolaire.
Or en France, les dispositifs de diffusion de la Culture scientifique et technique ont connu, depuis les années 80, un développement sans précédent : création d'un réseau croissant de CCSTI (35 à ce jour), de 9 Écomusées, de 18 Centres Permanents d'Initiation à l'Environnement, de 7 Parcs Naturels, rénovation des grands Musées nationaux à Paris, et de Muséums d'Histoire Naturelle de province et / ou modernisation d'aquariums, jardins botaniques, et parcs zoologiques- On peut donc considérer que l'offre muséale s'est considérablement diversifiée durant ces toutes dernières années et que, même en région, il existe un réel réseau de structures scientifiques qui proposent des projets de partenariat avec le monde scolaire.
Nous voulons donc décrire, dans les lignes qui suivent, succinctement la variété de l'offre des musées scientifiques axés sur l'histoire naturelle en attirant l'attention du lecteur sur le fait que depuis leur création au XVe siècle, les musées puis les expositions depuis le XXe siècle, mettent en scène un parti pris épistémologique. Ce constat doit conduire les visiteurs, et notamment les enseignants, à appréhender les expositions permanentes et temporaires de ces divers établissements avec des objectifs pédagogiques qui soient en adéquation et/ou en résonance avec les présupposés épistémologiques et didactiques des expositions visitées ; d'où l'importance de les connaître.
L'Histoire Naturelle : de l'inventaire à la classification
Si dès l'antiquité, des philosophes et des scientifiques examinent avec soin les plantes et les animaux pour présenter ensuite des descriptions des êtres, de leurs apparences, de leurs comportements, c'est à partir de 1550 que se répandent en Europe des cabinets de curiosités au sein desquels sont conservés coraux, fruits, animaux-
Ces cabinets qui se sont développés jusqu'au XVIIIe n'étaient pas conçus comme de simple lieu de thésaurisation. La majorité d'entre eux était au contraire conçue pour y réaliser des démonstrations et des enseignements.
A la même époque, apparaissent, aux abords des facultés de médecine, d'abord en Italie (Pise 1543, Padoue 1545), puis dans le reste de l'Europe ( Zurich 1560, Leide 1594), des jardins d'herbes médicinales. En 1635, Louis XIII, crée le Jardin Royal des plantes médicinales. Il en confie la gestion à son médecin ordinaire Guy de la Brosse.
A partir du XVIIIe siècle, les naturalistes découvrent des collections de plus en plus importantes rassemblées par les grands voyageurs naturalistes Ces découvertes, qui accroissent constamment le nombre des espèces connues, ont conduit progressivement les naturalistes à élaborer des classifications .
L'adhésion des scientifiques à ces nouvelles classifications va tout naturellement avoir une retombée sur la restructuration des jardins. Ainsi, Tournefort, avant même de publier ses propres travaux, va abandonner en 1683 la présentation médicinale, et organiser les plantations, au sein du jardin, en fonction de sa propre conception de la classification des systèmes naturels.
Dans le sillage de ce que les botanistes ont initié, les présentations muséologiques des galeries vont pour la première fois s'effectuer en fonction des trois règnes, puis au sein de ceux-ci, en fonction des classes, des genres et des espèces (galerie de minéralogie 1841, de géologie et de botanique). Ce nouveau contexte de présentation des collections, basée sur la systématique, va également s'appliquer au sein des premiers aquariums tels Arcachon (1865) et Banyuls (1883).
La prise en compte des idées évolutionnistes, ou la transformation d'une muséologie d'objets en une muséologie d'idées
Il est intéressant de noter, avec l'exemple du Pitt Rivers Museum d'Oxford, comment la théorie de Darwin, en modifiant les conceptions en anthropologie et en ethnologie, a changé les conceptions muséologiques. Ouvert à partir de 1883, le Pitt Rivers Museum ne présente pas de collections rangées par origine géographique, mais selon une typologie des objets. 
Malheureusement en France, suite à une situation conflictuelle, la galerie de Zoologie ouvrira ses portes à Paris en 1896, sans évolution muséologique forte, et surtout sans tenir compte des idées évolutionnistes. Cependant, les partis pris des divers protagonistes vont progressivement évoluer et deux années plus tard, les galeries de paléontologie et d'anatomie comparée vont s'ouvrir. Les partis-pris d 'Albert Gaudry pour la création de la galerie de paléontologie sont novateurs, voire révolutionnaires à plus d 'un titre. Il veut présenter une exposition thématique qui met en scène le concept d 'évolution par une sélection de spécimens. choisis !
Le type de présentation muséologique retenu traduit en réalité le premier tournant majeur au niveau de l'évolution de la muséologie des sciences. Il s'apparente à ce que Allan, directeur du Royal Scottish Museum d'Edimbourg, a qualifié de passage du musée d'objets au musée d'idées, « c'est à dire de l'identification à l'interprétation, du vieux musée de collections au musée éducatif moderne».
Les années 30 correspondent à une prise en compte de la biogéographie et à une recontextualisation écologique des collections
Largement inspirés par les travaux d'Alexandre de Humboldt , les travaux théoriques effectués sur l'étude des paramètres qui expliquent la zonation verticale des plantes en altitude, vont trouver également des applications muséologiques par la création des premiers jardins de montagne (jardins alpins). Progressivement, de nouveaux jardins (jardins écologiques) vont être créés. Il ne s'agit plus de présenter les plantes selon la classification en vigueur, mais de les regrouper en fonction de leur milieu d'origine et de leurs exigences écologiques. Une nouvelle étape importante au niveau de la muséologie des sciences naturelles est franchie ; c'est la recontextualisation écologique des collections.
De façon concomitante, la prise en compte des relations entre l'animal et son environnement (organique et inorganique) va conduire à la création des premiers musées de dioramas tant en Europe (Paris, Londres, Berne) qu'en Amérique du Nord (Oakland Museum, Museum d'Ottawa).
Au sein des nouveaux parcs zoologiques, les présentations des animaux vivants sont de réelles transpositions des présentations en dioramas, car en voulant présenter les animaux en groupe (savane africaine), les responsables de ces parcs veulent présenter aux publics les relations de ces espèces entre-elles et avec leur environnement. Ainsi, alors même que les animaux présentés au sein des anciennes ménageries sont décontextualisés de leur milieu d'origine, ces nouvelles présentations (par groupe avec de faux rochers, des points d'eau) permettent de scénographier les lieux de vie de ces animaux,
On peut noter une évolution similaire dans la présentation des aquariums. Ainsi, dès les années 1930, avec la création de l'aquarium du Trocadéro, on pouvait assister en France aux premières présentations écologiques. Depuis, de nombreux aquariums ont petit à petit augmenté considérablement le volume de leurs bacs. Cependant, il faudra attendre les années 1990 pour que la résolution de contraintes techniques puisse aboutir à de très grandes présentations d'écosystèmes marins qui ont pour objet l'immersion des visiteurs. Il en est ainsi de Nausicaa Centre National de la Mer, créé en 1990 à Boulogne et d' Océanopolis ouvert à Brest en 1990
Compte tenu de la prise de conscience de la crise de la Biodiversité, les établissements qui présentent de nos jours des espèces vivantes (aquariums mais surtout jardins botaniques, parcs zoologiques) se spécialisent et s'orientent vers la reproduction d'espèces menacées. C'est ainsi que vont « fleurir» des conservatoires botaniques, des réserves animalières, et ou des parcs zoologiques qui vont s'engager dans des programmes de protection de la nature.
Des musées qui privilégient la communication avec leurs publics
Depuis les années 70, nous sommes rentrés progressivement dans l'ère de la communication, et l'évolution des structures muséales est principalement basée sur la prise en compte progressive des publics spécifiques.
Quoi qu'il en soit, selon la nature des établissements muséologiques (muséum, aquarium, jardin botanique, parc zoologique-) et l'importance tant qualitative que spectaculaire de leur rénovation, les divers types de présentations muséologiques que nous venons de présenter très succinctement peuvent tout à fait cohabiter au sein du même établissement, ou dans des musées de la même ville. Ce constat doit conduire les visiteurs, et notamment les enseignants, à appréhender les expositions permanentes et temporaires de ces divers musées avec des objectifs pédagogiques qui soient en adéquation avec les présupposés épistémologiques et didactiques des expositions visitées ; d'où l'importance de les connaître. Pour aider les visiteurs dans cette tâche, les responsables des musées ont le plus souvent développé des programmes et activités pédagogiques à destination des publics divers et en priorité des scolaires.
Un ouvrage collectif récent1 consiste principalement à tenter d'en établir une présentation analytique.
1
Girault Y. (Dir) L'accueil des publics scolaires dans les muséums, aquariums, jardin botaniques, parcs zoologiques. Ed l'Harmattan.


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