Mise en scène du patrimoine local dans les pays du sud

Nos premiers travaux réalisés dans ce cadre tendent à montrer que si le musée a imposé et impose encore parfois dans les pays du Sud une culture standardisée et uniformisée, basée sur des savoirs savants provenant des pays les plus puissants, cette institution culturelle a considérablement évolué (Girault 2015 sous presse ; Brianso, Girault 2014a ; Girault, Galangau-Quérat 2012).

Depuis une trentaine d’années, le musée contribue en effet à alimenter un nouvel espace public, hétérogène et démocratique, de valorisation ou de mise en question et en débat des identités territoriales et des cultures du monde (Rasse, Girault Coord 2011). Ces travaux montrent en effet très clairement que, dans les pays du Sud, toutes les formes d’expression même les plus populaires s’en emparent pour rendre compte d’une réalité territoriale économique, sociale et/ou culturelle (Guillaud, Juhé-Beaulaton, Cormier Salem, Girault (dir) 2015 sous presse). Ainsi les pratiques patrimoniales participatives, bien que critiquées par certains chercheurs, semblent se présenter comme un compromis interculturel acceptable et évolutif entre des modèles normatifs occidentaux et des populations locales trop longtemps marginalisées. Il semble en effet (Brianso, Girault 2014b) que seule la remise en question des standards occidentaux et des pratiques des professionnels en charge de leur mise en œuvre pourrait conduire à une éthique patrimoniale basée sur l’hybridation des savoirs et de l’expertise qui, selon Paquette (2012), serait « susceptible et garante de produire un rapport patrimonial interculturel véritablement inclusif ».

Du discours d’Alpha Oumar Konaré en 1992 « […], il faut « tuer », je dis tuer, le modèle occidental de musée en Afrique […] » aux innovations locales comme les banques culturelles (Girault 2015, sous presse), les États africains impulsent et instrumentalisent des dynamiques communautaires comme des nouvelles formes locales de conservation durable du patrimoine en faveur de politiques développementalistes. Dans le cadre du courant de la muséologie participative, nous nous attachons à l’analyse des contextes et processus de telles constructions patrimoniales dans différentes régions du monde (Brésil, Cameroun, Équateur,) en relation avec d’autres recherches muséales menées dans les autres axes de l’UMR, ou sur des terrains spécifiques (Brésil, Cameroun, Equateur, Namibie, Sénégal). Nous avons dans ce cadre co-organisé avec le Ministère des affaires étrangères (MAE France) et l’École du Patrimoine Africain un colloque international en décembre 2012 : Musées entre enjeux identitaires et enjeux économiques.

Nous avons aussi eu l’occasion d’analyser de telles politiques en Amérique du sud à travers trois projets :

  • 2011 Participation projet de création d’un écomusée en lien avec le site archéologique de Palanda (Equateur) ;
  • 2011/2013 Participation, avec l’université de Minas Géraïs (Brésil), au projet de rénovation du Musée Lapinha qui va devenir le « Musée d’Archéologie de la Région de Lagoa Santa » Brésil ;
  • 2013 Commissaire muséologique de l’exposition « Mayo Chinchipe-Marañon, Dialogos y saberes inéditos. Deconstruyendo fronteras ». Exposition itinérante au Pérou et en Équateur. Production (IRD/MNHN / INP Equateur). Inauguration août 2013 Quito, financement de l’Alliance Française.

D’autre part nous développons de façon plus spécifique ce travail en Afrique dans deux terrains :

  • au sein du Laboratoire Mixte International Patrimoine de l’eau (LMI Pateo) dans lequel nous avons été conduit à animer le deuxième atelier international qui s’est tenu, du 4 au 6 mars 2013, à Dakar-Hann sur « La Muséologie participative » ;
  • au sein de la chefferie de Fondjomekwet (ouest du Cameroun) par la réalisation d’un inventaire collaboratif du patrimoine qui devrait déboucher sur la création d’un musée.