Éducation à l'environnement/citoyenneté prise de conscience des rapports hommes, natures, sociétés : approches muséologiques.

Une étude réalisée en Australie (Rennie & William, 2002) souligne qu’en sortant d’un Science center, des visiteurs adultes sont plus enclins à prétendre que les scientifiques sont toujours d’accord entre eux, que les connaissances scientifiques sont avérées et immuables, et enfin que la science est en mesure de proposer une réponse à tous les problèmes de société. Ces résultats, qui corroboraient d’autres travaux, m’ont à cette époque interloqué et j’ai souhaité réorienter progressivement mes recherches sur le rôle du média « exposition » dans les relations entre sciences cultures et sociétés. Dans la perspective d’enrichir l’éducation scientifique d’une dimension citoyenne, et plus spécifiquement écocitoyenne, nous avons tout d’abord contribué à l’analyse des rapports réciproques qu’entretiennent sciences et éducation citoyenne (Girault et al 2006/2007).

Ces travaux ont été effectués dans deux axes complémentaires :
1) cerner les apports possibles d’une éducation scientifique au regard des choix citoyens relatifs à des questions écologiques ;
2) analyser en retour l’influence de l’introduction de questions écologiques citoyennes dans le champ de l’enseignement scientifique (Girault, Sauvé dir. 2008, Girault 2011).

Ces deux axes pointaient la question primordiale du rapport au savoir notamment dans les éducations à… (à l’environnement, au développement durable, à la santé…). Une importante revue de la bibliographie nous a permis d’élaborer un cadrage théorique en mettant en évidence les différents positionnements épistémologiques pour rendre compte des relations entre opinions et savoirs (Girault, Lhoste 2010). Nous avons également montré qu’il était indispensable de se référer préalablement à une analyse socio-épistémologique des savoirs en jeu (Girault, Alpe 2010 ), et à la prise en compte des opinions et représentations sociales des acteurs concernés (enseignants, experts, guides interprètes du patrimoine, médiateurs, muséologues…) (Molinati, Girault, Hammond 2010) pour permettre aux visiteurs/apprenants de co-construire une position argumentée sur des questions socio-scientifiques. Ces approches s’opposent aux dérives de l’approche praxéologique à visée prescriptive largement dominante en ERE/EDD que nous avons analysées tant dans l’enseignement formel que non formel (Girault, Zwang et Jeziorski 2013 ; Zwang, Girault 2012 ; Alpe, Girault 2011).

Dans ce contexte, ou le développement des musées de société a conduit les musées de sciences et techniques à aborder, au sein des expositions temporaires, des questions scientifiques socialement vives et parfois à se positionner en tant qu'interface entre la sphère scientifique et la société, nous avons établi une typologie de la diversité des postures de communication retenues (Girault, Molinatti 2011 ; Molinatti, Girault 2013). Nous avons ainsi montré que les musées et centres de sciences participaient implicitement au mouvement de publicisation ou, à contrario, de confinement des controverses socio-scientifiques, sans doute parce que ces institutions sont en tension entre des objectifs de valorisation et/ou de mise à distance critique des sciences. Ayant un intérêt spécifique sur l'étude de l’évolution des discours scientifiques concernant les rapports Hommes, natures, sociétés dans le champ particulier du musée (Viel, Girault 2007), et suite à ces travaux théoriques préliminaires, j’ai donc axé plus spécifiquement mes recherches sur l’enseignement de la biodiversité d’une part (Alpe, Girault Y Coord 2011 ; Alpe, Girault 2013) et sur l’analyse des expositions et/ou la médiation de la biodiversité d’autre part (Quertier, Girault 2011).

Dans le prolongement de ces travaux en ERE j’ai, au sein du centre de recherche en éducation et formation relative à l’environnement et à l’écocitoyenneté, souhaité effectuer un travail de synthèse des repères conceptuels et théoriques sur « territoire, gouvernance et citoyenneté » problématique commune aux trois axes de recherche de l’UMR Patrimoines locaux et gouvernance. Nous avons ainsi montré ( Girault Y , Barthes A. 2015 sous presse), que les axes de réflexion épistémologique développées par la géographie sur les sociétés et leurs territoires, mais aussi en arrière plan dans les courants de la géographie sociale et culturelle sur les liens entre les savoirs et leurs territoires sont largement repris dans les réflexions sur les modalités valeurs et finalités des éducations relatives à l’environnement qui s’intéressent aux territoires.

Depuis les années 2000, de nombreuses structures d’accueil des publics au sein d’aires protégées (réserves de biosphère, parcs nationaux, parcs naturels régionaux, géoparcs…) développent des activités d’éducation relative à l’environnement qui se focalisent sur l’éducation aux territoires. Si dans certains cas ces dernières peuvent s’intégrer dans les courants que nous avons analysés, d’autres privilégient des approches très différentes. Nombreux sont en effet les responsables de ces structures qui se donnent comme objectif de leur politique culturelle, y compris à l’aide de géosymboles, de tendre vers la co-construction du territoire pour que les habitants puissent l’incarner et en faire une référence identitaire.

Il nous semble donc indispensable de compléter cette réflexion par une analyse des enjeux (axiologiques et ontologiques), des intérêts des acteurs de la gestion territoriale. Quelles en sont donc les implications économiques, identitaires, patrimoniales, politiques, sociales… ? Est-ce une nouvelle orthodoxie pour l’aménagement du territoire, pour l’implication des acteurs locaux, pour la mise en place d’une « bonne » gouvernance ? Il s’avèrerait enfin intéressant d’analyser les représentations de la nature, les usages du territoire et leur interaction avec les formes bureaucratiques de gestion/conservation qui sont, dans le cas de ces aires protégées, extrêmement diversifiées.

Pour notre part, et dans le cadre d’une visée stratégique liée à un programme de recherche sur les géoparks que nous dirigeons, nous débutons des travaux basés sur des approches diachroniques et comparatives entre divers pays et systèmes éducatifs, pour cerner les rôles, les possibilités, les ressources (musées, sentiers d’interprétation, médias…), les enjeux et les voies de développement des différents géoparcs en matière d’éducation relative à l’environnement, plus spécifiquement en ce qui a trait à l’éducation au territoire.